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Pénélope Page

Les ravages de l'homophobie



Il faut que je vous raconte un truc qui m’est arrivé il n’y a pas si longtemps que ça. Ca paraît dater d’un autre temps, mais il y a certaines expériences qu’il est bon de partager afin que vous vous rendiez compte de comment c’était à l’époque des dinosaures où je suis née.

J’ai rencontré Benoît quand j’étais au lycée. Il sortait avec ma pote Caroline. C’était plutôt cocasse, parce qu’ils étaient tous les deux homos, mais apparemment ils ne le savaient pas encore. A cette époque là, mon gaydar fonctionnait plutôt pas mal avec les gens qui ne m’intéressaient pas sexuellement. Faut que je pense à changer les piles.

Anyway, lorsque j’ai fait mon coming out et que j’ai commencé à m’affirmer en tant que lesbienne, je crois que ce fut une réussite parce que j’ai utilisé la bonne stratégie: je ne me suis pas excusée de l’être. C’était comme ça et puis c’est tout. Ceux à qui ça posait problème pouvaient bien aller se faire foutre. Et c’était eux qui passaient pour des connards intégristes. Je crois que mon assurance (exclusivement limitée à ce point précis de mon identité) a été un déclic pour Benoît. Il est venu me voir un jour, dans tous ses états, en me disant qu’il fallait qu’il me révèle un énorme secret. J’ai fait semblant de ne pas savoir et je crois qu’il était infiniment soulagé de pouvoir en parler à quelqu’un.

Le truc, c’est que Benoît est d’origine Congolaise et que ses parents ont des certitudes et des croyances religieuses bien ancrées. Alors quand leur fils s’est mis à se mettre de l’eyeliner et se balader avec un sac à main, ils l’ont pris moyennement bien. Peut-être que si Benoît en faisait un peu trop, c’était par besoin de s’affirmer, mais ça ne l’empêchait pas d’être accueilli avec de l’eau bénite sur la gueule lorsqu’il rentrait à la maison.

Quelques années plus tard, j’ai invité Benoît à passer le week-end dans un chalet à la montagne qu’on avait loué pour mon anniversaire. Ses parents, qui me considéraient comme l’antéchrist responsable de la perdition de leur fils, étaient moyennement chauds. Ma mère a dû les appeler pour les rassurer et Benoît a pu venir. Mais, malheureusement, c’était la dernière fois où on a pu le sauver.

Ensuite, il a plus ou moins disparu des radars. Mais un jour il m’a contactée pour qu’on aille prendre un café. Il avait tout fait pour quitter l’enfer familial et vivre tout seul. Il s’était retrouvé à la rue, sans savoir où aller, et s’était réfugié dans un asile en se faisant passer pour fou afin de pouvoir être enfin pris en charge et qu’on s’occupe de lui. C’est là que le second enfer a commencé: assommé par les cachetons, Benoît avait bien du mal à vivre tout seul. Il oubliait sans arrêt des trucs et il était dans une détresse tangible, comme abandonné par toute lueur de vie. Ca m’a tuée. Je l’ai emmené dans une association gay qui vient en aide aux jeunes homos afin qu’il puisse bénéficier d’un soutien. Mais il n’était plus vraiment en état de se laisser sauver. Il a à nouveau disparu. Tous ses numéros étaient hors service et je n’avais plus aucun moyen de le contacter.

Quelques années plus tard, alors que je trainassais sur un site d’info en continu, j’ai vu la photo de Benoît me sauter au visage, en dessous de la mention «Avez-vous vu cette personne?». J’ai contacté la police immédiatement et on m’a appris qu’il avait véritablement disparu depuis des semaines.

Aujourd’hui encore, je pense régulièrement à Benoît, sans savoir s’il est encore en vie. S’il va bien, s’il a simplement changé de pays pour se dorer la pilule au soleil avec son copain. Mais j’en doute.

Fortement.

Dans mon esprit, Benoît est devenu le symbole des ravages de l’homophobie. De la détresse et de la torture intérieure que l’on ressent lorsqu’on est rejeté non par ce qu’on fait, mais par ce qu’on est. Je crois qu’on ne peut pas comprendre ça tant qu’on ne l’a pas vécu. Donc si aujourd’hui on a l’impression que les temps ont changé, que toutes ces conneries sont derrières nous et que l’homophobie n’est plus qu’un désagréable souvenir, je crois qu’il est capital de rester vigilants, car cette bigoterie immonde est toujours là et elle continue à briser des vies.

Voilà, c’était pour le quart d’heure nostalgique de la semaine. A vous les studios.

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Pénélope Page...

...fait une entrée hyper stressante dans la trentaine, avec son lot d'expériences foireuses. Aussi spontanée et délurée que névrosée, Pénélope fait ce qu'elle peut pour dealer avec l'existence et sa dose de paradoxes. Tout comme vous! Comme elle en connaît un rayon sur les déboires amoureux, vous pouvez également lui poser vos questions les plus intimes. Elle vous répondra directement toutes les semaines. Et, n'ayez crainte, comme elle, vous resterez anonyme.

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Voici à quoi je ressemble, à quelques détails près: j'ai laissé tomber les tresses. pc

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