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Il ne s'est jamais vendu autant de logements à la montagne

En Suisse romande, l’immobilier alpin connaît un hiver record, selon les professionnels de la branche. Plus qu’un lieu de vacances, les acheteurs recherchent un style de vie. Les études confirment.



Daniel Guinnard n’articule aucun montant et ôte d’emblée toute équivoque: «Je ne voudrais pas parler comme Christian Constantin et prétendre que je n’ai pas la mémoire des chiffres. Simplement, j’attends des données exactes. Tout ce que je peux dire, c'est que le marché immobilier, dans nos montagnes, est en plein boom.»

Le boom vu des grandes stations

Plus qu'à sa mémoire des chiffres, Daniel Guinnard fait appel à ses souvenirs de courtier: «On n’a jamais aussi bien travaillé que cet hiver.» Le constat vaut pour Verbier, où l’agence fondée par son père (Guinnard Immobilier) a pignon sur rue, «mais c’est encore plus vrai pour les petites stations: là, tout part à une vitesse incroyable». Une phrase vaut mieux que de longues études: «Depuis novembre, oui, on cartonne.»

«Il y a encore des objets à vendre sur Verbier car le marché est grand mais partout ailleurs, aux Masses, à la Fouly, à Champex, on ne trouve plus rien, c'est de la folie.»

Les chalets de la station de sports d'hiver de Verbier photographies ce jeudi 28 mars 2019 dans le Val de Bagnes. (KEYSTONE/Laurent Darbellay)

A Verbier, les logements sont nombreux et néanmoins parmi les plus chers d'Europe au mètre carré. Image: KEYSTONE

«La demande est essentiellement dopée par les Suisses, inclus les permis B et C. Mais on constate aussi que de nombreux étrangers viennent habiter dans nos montagnes, surtout à Verbier, où ils trouvent des écoles internationales. En période d'incertitude, nos clients apprécient la stabilité politique et monétaire, la sécurité physique et sociale.»

«Les prix montent et certains vendeurs n’hésitent pas à les augmenter encore. Par exemple, un client anglais a reçu une offre que j’estimais correcte, au prix affiché, mais il a brusquement demandé 150 000 francs de plus. Actuellement, il y a des montants un peu fous qui circulent sur Verbier.»

Daniel Guinnard, Guinnard Real Estate & Tourism, Verbier (Val de Bagnes)

Le boom vu des petites stations

Cet enthousiasme résonne dans toutes les vallées environnantes. Installé au pied du télésiège des Masses, dans le Val d’Hérémence, François Pitteloud (agence ALM) évoque une année record. «Quand je parle avec mes collègues, je constate que c’est partout pareil: les gens se réfugient à la montagne, dans des endroits où ils sont bien, où ils peuvent faire du home office. Certains vont skier le matin, pour deux ou trois heures, avant de commencer à travailler, fondamentalement, on observe un vrai retour à la nature. La montagne est prise d’assaut.»

«Ce boom a commencé très exactement le 13 mars de l’année dernière, avec le confinement. Nous sortions d’une longue période calme et j’ai vu la différence du jour au lendemain. Tout a été très soudain. Je n'ai jamais vécu ça en trente ans.»

«La plupart de mes clients sont des Suisses qui choisissent de s’établir à la montagne.»

L'inalpe dans l'alpage d'Avoin a Grimentz dans le val d'Anniviers, avec le combat de vaches ce dimanche 18 juin 2006. L'inalpe est la periode de la montee des troupeaux de vaches aux alpages, c'est un jour de fete avec benediction de l'Alpage, et combat, sous les yeux attentifs de quelques touristes et des proprietaires de ces vaches impressionnantes que sont celles de la race d'Herens. Mais c'est seulement en septembre, mois de la desalpe, apres environ 90 jours sur l'Alpe, que les reines du troupeau sont consacrees. (KEYSTONE/Olivier Maire)

Même les vallées moins touristiques sont prises d'assaut. Image: KEYSTONE

«Bientôt, il n'y aura plus assez d'objets à vendre dans la région. Ceux qui possèdent des chalets ne les vendent plus et, à l’inverse, beaucoup de monde en cherche.»

François Pitteloud, agence ALM, Les Masses (Val d'Hérémence)

Le boom vu des alpes vaudoises

Patron d'Opt-immo.net, Jean-Luc Clerc est omniprésent dans les alpes vaudoises. Il partage le même constat: «C'est très net, les Suisses fuient la plaine et les centres urbains pour s’établir à la montagne. Avant, on cherchait un bel appartement à Montreux avec vue sur le lac. Mais depuis le Covid, on réalise qu’on est enfermé dans un 2,5 pièces au troisième étage d’un immeuble, avec vue sur Madame Lopez et le balcon d'en face. Aux Mosses, notamment, nous avons de nombreux clients issus de l'Hôpital de Rennaz, qui préfèrent rouler 30-35 minutes en voiture pour retrouver une vie qu’ils aiment, un cadre dans lequel ils oublient leurs soucis.»

«Je suis actif dans l’immobilier depuis 1988. Je n’ai jamais vécu une année comme 2020.»

«Le segment le plus prisé est celui des 3,5 pièces, jusqu’à hauteur de 500 000 francs. Les vieux chalets ou les corps de ferme, parce qu’ils ont une âme, sont également recherchés, mais les procédures sont contraignantes. Les dossiers «hors zone à bâtir» sont traités dans un délai deux fois plus long que d’habitude, à cause du Covid. Ou au prétexte du Covid. Ou peut-être que certains fonctionnaires font plus de télé que de travail...»

A group of friends organized an outdoor jacuzzi on the frozen Lake Lioson, 1850 meters above sea level, and are having a good time, at the Col des Mosses, Swiss Alpes, Switzerland, Saturday 21 February 2009. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Un groupe d'amis ont organise sur le Lac Lioson gele un jacuzzi en pleine air a 1850 metres d'altitude pour prendre du bon temps ce samedi 21 fevrier 2009 au Col des Mosses. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Aux Mosses, on peut tout faire. Image: KEYSTONE

«La région est en plein développement. A Leysin, le marché immobilier profite du prolongement de la ligne ferroviaire dans les points stratégiques de la station. Nous observons un peu de spéculation aux Diablerets, où certains achats sont des investissements purs. Les prix affichés augmentent, les prétentions aussi, mais pas les prix de vente: les Diablerets ont quelques problèmes à résoudre avec leurs remontées mécaniques... Aux Mosses, il existe une très forte demande mais elle n’a pas encore impacté les prix. De toute manière, les garde-fous subsistent, les banques estiment la valeur de rendement pour déterminer le montant de l’hypothèque.»

Jean-Luc Clerc, Opt-immo.net, Aigle (Vaud)

Pour la seule année 2020, «le Valais enregistre une augmentation de 36% de la demande pour l’achat de biens immobiliers en montagne», note Grégoire Schmidt dans sa chronique au Nouvelliste. «Le marché a connu un creux autour de 2015 (red: lié à la Lex Weber): les prix des résidences secondaires ont chuté d’environ 20% sur l’ensemble de l’arc alpin.»

Wegen dem Erstellen einer Einstellhalle fuer umliegende Haeuser und einem Keller sowie dem Komplett-Umbau, steht am Donnerstag, 13. November 2014, dieses Chalet in Meggen auf fuenf Holzstelzen, waehrend unten der Fels abgebaut wird. Ein Abriss ist nicht moeglich, da wegen dem zu geringen Abstand zum Wald ein Neubau nicht bewilligt wird. (KEYSTONE/Sigi Tischler)

Faute de nouvelles surfaces constructibles, les rénovations sont très en vogue. Image: KEYSTONE

Le dernier rapport Knight Frank montre une inversion de tendance presque brutale; pour le segment du luxe, certes, mais pas seulement.

Quelques conclusions du rapport Knight Frank:

Le boom vu du Val d'Illiez

«Le Covid a accéléré une tendance de fond: le retour au localisme, estime Maxime Délez, à la tête de MDK Immobilier et d’un vaste catalogue dans le Val d’Illiez. D'un phénomène sous-jacent, nous sommes passés à une nouvelle norme sociale.»

«Nous enregistrons une forte demande mais c’est assez normal dans le contexte actuel. Les gens se réfugient dans des endroits où ils se sentent bien.»

Pres de 120 moniteurs de ski genevois, vaudois et valaisans ont parade dans la Vieille-Ville et les Rues-Basses de Geneve pour susciter l'interet pour les sports d'hiver, ce samedi 8 novembre 2014. Nous avons voulu que, pour une fois, ce soient les professionnels du ski qui descendent en plaine. Nous souhaitons remotiver la population citadine et lui rappeler que la Suisse est un pays de montagnes. Cet evenement incongru en plein centre-ville s'est deroule dans le cadre des 150 ans du tourisme hivernal en Suisse. (KEYSTONE/Martial Trezzini)

Les Genevois reviennent en masse à Champéry. Image: KEYSTONE

«Nous avons tous les types de clients. Des Genevois vendent leur résidence secondaire en France pour basculer du côté suisse, parce que le confinement et les problèmes aux frontières les ont marqués. Des étrangers observent l'explosion de la dette publique et ont peur de perdre leur argent dans de prochaines hausses fiscales: ils le placent en lieu sûr dans un objet immobilier en Suisse. Mais nous avons surtout des nouveaux résidents à l'année. Les projets de vie ont changé, je le ressens très clairement. Le bien-être est au centre des préoccupations. Des gens avaient ce rêve de vivre à la montagne depuis longtemps et ont franchi le pas avec le télétravail.»

«Nous accueillons beaucoup de jeunes familles, dans la tranche d’âge 30-40 ans. Le télétravail a transformé notre société. Le Val d'Illiez est relativement proche du bassin lémanique et il n’est pas insurmontable d'aller au bureau une à deux fois par semaine.»

Maxime Délez, MDK Immobilier, Champéry (Val d'Illiez)

Spectators in a chalet decorated with swiss flags during the first run of the men's giant slalom race at the FIS Alpine Skiing World Cup in Adelboden, Switzerland, Saturday, January 9, 2021. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Les analyses bancaires n’indiquent encore aucune surchauffe. Les stations historiquement chères se maintiennent à des niveaux stratosphériques (environ 20 000 francs le mètre carré à Verbier et à Zermatt) tandis que d’autres subissent les effets d’une offre pléthorique (Crans-Montana, 10 500 francs le mètre carré).

«Il ne faudrait pas que cette situation crée une bulle mais je n’ai pas l’impression que nous assistons à une flambée des prix, évalue prudemment Maxime Délez. L’offre correspond peu ou prou à la demande. Ceux qui ne montaient plus au chalet et hésitaient à le vendre profitent du contexte pour tester le marché. Dans notre région, à l'heure actuelle, il n'y a pas de pénurie.»

Chasse croise sur l'autoroute des vacances, entre Villeneuve et Aigle ce samedi 9 fevrier 2008. Enormement de voitures se trouve sur l'autoroute A9 entre Lausanne et Martigny. Les Fribourgeois et les Valaisans terminent leurs vacances de ski alors que les Genevois et les Vaudois commencent les leurs. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Les flux migratoires devraient se poursuivre au-delà de l'hiver.

«Je ne voudrais pas paraître vindicatif mais ceux qui ont voté en faveur de la Lex Weber pourraient tout de même s’en mordre les doigts», nuance Daniel Guinnard, rappelant qu'il a bonne mémoire. «Si la demande reste forte et que l'offre ne suit pas, les prix grimperont fatalement.»

Qui peut prédire l'avenir? Avant le 13 mars 2020, les stations de ski souffraient du réchauffement climatique et semblaient vouées à devenir désertiques. Les voilà brusquement repeuplées.

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source: keystone / valentin flauraud
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