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La perf du vainqueur de Milan - San Remo analysée par un scientifique

On a soumis les valeurs de puissance de Jasper Stuyven à Raphaël Faiss, responsable de recherche à l'UNIL, pour mieux comprendre l'exploit du Belge.

Julien Caloz
Julien Caloz



La course en bref

Profitant du marquage entre les favoris, Stuyven a attaqué dans la descente du Poggio, à un peu plus de 2 km de l'arrivée. Il a été rejoint au dernier kilomètre par Kragh Andersen mais a accéléré une nouvelle fois pour remporter le plus beau succès de sa carrière. «Ce n'est pas une stratégie choisie avant la course, j'ai plutôt fonctionné à l'instinct. C'est incroyable», a jubilé le Belge, vainqueur à l'audace.

Il est impossible, quand on suit une course cycliste, de se rendre compte de la puissance développée par les coureurs. On voit bien des cuisses qui étouffent, des mollets qui se raidissent et des veines qui gonflent, mais ces impressions visuelles sont difficilement quantifiables. C'était encore le cas samedi lors de Milan - San Remo mais, cette fois, l'équipe du vainqueur est venue en aide au public. Sitôt après la course, la Trek-Segafredo a publié sur les réseaux sociaux les données figurant sur le compteur de Jasper Stuyven. Celles-ci ont été enregistrées grâce au système «SRAM road Red eTap AXS» qui équipe les vélos de la formation américaine.

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Les numéros gagnants. Image: Trek-Segafredo

Les premiers chiffres qui apparaissent sur le boîtier noir sont plutôt banals. On apprend que Stuyven a mis 6 h 50 pour boucler les 307 km de la plus longue classique de la saison. Sa vitesse moyenne est élevée (44,9 km/h) mais elle s'explique par le vent favorable qui a accompagné le peloton jusqu'en Ligurie. Le Belge a même fait une pointe à 83,3 km/h.

Les données suivantes, celles qui figurent dans la rubrique vermogen (puissance en français), sont plus intéressantes. Nous les avons soumises à Raphaël Faiss, responsable de recherches à l’UNIL, spécialisé dans le cyclisme et l’antidopage. Voici son décryptage, point par point.

GEM 209

«Jasper Stuyven a gagné en développant une puissance moyenne de 209 watts. Pour un coureur de son gabarit (78 kg), c’est relativement faible. Mais cela s’explique par la configuration de l’épreuve : Milan – San Remo est une course longue qui nécessite un rythme permettant de tenir la distance. Un amateur peut tout à fait atteindre 209 watts de moyenne, mais il lui sera plus compliqué de l’augmenter dans les 30 ou 40 derniers km, quand les coureurs frotteront dans le peloton. Un champion comme Stuyven peut maintenir une puissance de 5 watts par kilos (donc 390 watts au total) pendant une heure.»

Raphaël Faiss

Raphaël Faiss à son pic de forme. Image: DR

MAX 1574

«C’est le pic de puissance (en watts) développé par le Belge. Sans doute au moment de son attaque au fond du Poggio, ou lors du sprint final. C’est une valeur qu’un sprinteur de son poids et de niveau mondial peut tenir pendant environ 20 secondes. Ce sont les muscles à fibres rapides (explosivité) qui permettent de fournir une telle puissance. Les coureurs doivent être malins et ménager leurs forces pour dépenser cette énergie pile au bon moment. C’est ce qu’a très bien fait Stuyven: il est resté caché durant toute la course avant de surgir dans le final.»

KILOJOULES 5006

«Il s’agit de l’énergie totale dépensée. Elle est calculée en fonction des watts enregistrés: 209 watts signifie que le coureur a dépensé 209 joules chaque seconde. Au bout de 1000 secondes, il a dépensé 209 kilojoules (kJ). Au final, on est au-delà de 5000 kJ, ce qui correspond plus ou moins à 5000 kilocalories dépensées. Cela révèle deux choses: que Milan – San Remo est une course qu’il faut aborder avec des réserves; et que le Flamand a bien mérité de manger des «arancini» à l’arrivée!»

epa09086345 Belgian rider Jasper Stuyven (C) of the Trek - Segafredo team reacts after winning the one-day classic cycling race Milan-Sanremo in Sanremo, Italy, 20 March 2021. EPA/Luca Bettini

Le champion flamand a fini épuisé. Image: EPA ANSA

NP 318

«Ce chiffre, exprimé en watts, représente la puissance (PN comme puissance normalisée) que le coureur aurait été capable de tenir si l’effort avait été constant. Ce n’est pas très représentatif sur une épreuve comme la classique italienne, où la première partie de course est endurante et la seconde explosive. Cet outil est davantage utile pour mesurer des efforts plus courts ou plus réguliers.»

IF 0,91

«Il s’agit de l’Intensity Factor (IF). Cette indication est utile pour les entraînements. Concrètement, lors de chaque séance, toutes les données statistiques dont nous parlons sont enregistrées dans le compteur. Sur la base de ces données, l'appareil calcule automatiquement la puissance qu’un coureur peut maintenir sur différentes durées. Un cycliste très entraîné sera ainsi plus résistant qu'un amateur en développant la même puissance (par exemple 209 watts). À 0,91, on n’est pas sur un effort maximal mais sur une épreuve d’endurance. Le seuil est à 1.»

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Le profil de la classique cette saison. Image: Sky Sport

TSS 448

«C’est le Training Stress Score. 448, c'est extrêmement élevé. Pour arriver à 100, il faudrait faire 1 h d’effort à capacité maximale. Ou 2 h à 50%. Sur une activité de 6 h 50 comme celle du Belge, un TSS® de 448 correspond approximativement à un effort proche de 80% de sa valeur maximale.»

Stuyven vu par un cycliste amateur

Un autre homme a découvert le compteur du vainqueur flamand: Alain, 59 ans, 10 000 bornes par saison dans les mollets. Un «humble rigolo du vélo», comme il se définit lui-même, «en totale admiration devant les coureurs et leur abnégation». D'ailleurs, il trouve les chiffres de Stuyven «complètement dingues». Les siens sont d'un autre calibre. Il s'en amuse. «Mes données sont ridicules par rapport à ceux d’un athlète de haut niveau. J’ai roulé 4 h 40 dimanche matin, à 28,6 km/h de moyenne et avec une puissance moyenne de 150 watts et de 500 maximum.»

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