DE | FR
Bild

Le football n'est même plus au bord du gouffre. Image: Shutterstock

Changer ou mourir: le dilemme des grands clubs de football

La Super Ligue devait être la solution des puissants pour éponger leurs dettes. Sans elle, «on sera tous morts en 2024», avait brandi le président du Real Madrid. Faut-il déjà sortir la pelle et creuser, ou inventer autre chose?

Julien Caloz
Julien Caloz



Jean-François Brocard est économiste du football, c'est à dire qu'il connaît trop bien les chiffres et le sport pour croire que la Super Ligue allait résoudre les problèmes d'argent des clubs. «Aucune preuve de rentabilité n'a jamais été faite, pointe-t-il. Les revenus allaient peut-être croître, mais qui dit que les charges n'auraient pas augmenter au moins d'autant?». Son expertise se base sur une vérité historique: «L'EuroLeague de basket est un championnat fermé au sein duquel toutes les équipes sont déficitaires.»

«Si on ne fait rien, en 2024, on sera tous morts»

Florentino Perez, président du Real Madrid

Le dirigeant madrilène justifiait cette semaine sa participation au projet de Super Ligue pour éviter que son club ne disparaisse, pauvre et malade, dans les trois ans. Car c'est un fait, une réalité mathématique: ceux que l'on appelle sans ironie «les clubs les plus riches du monde» sont perclus de dettes.

Maintenant que le projet de Super Ligue est mort-né, faut-il craindre pour l'avenir du jeu? Directeur de l'Observatoire du football à Neuchâtel, Raffaele Poli répond en deux temps.

🤔 À quoi sert le fair-play financier?

«Au final, à pas grand chose», répond sans rire Raffaele Poli. La règle, adoptée par l'UEFA en mai 2010, avait pour but d'empêcher les dépenses excessives des clubs. «Disons qu'elle n'obligeait pas les équipes à ne pas perdre de l'argent; elle les contraignait à ne pas trop en perdre», recentre Jean-François Brocard. «Le fair-play financier a permis un meilleur contrôle des comptes, une harmonisation à l'échelle européenne, liste Poli. Mais les clubs ont continué à dépenser sans compter

La crise est sombre et profonde. On dirait le tunnel de Chaban-Delmas, le stade historique des Girondins de Bordeaux. La lumière ne viendra que de l'UEFA, estime Jean-François Brocard. «L'instance doit profiter du soutien populaire et politique né de la contestation du projet de Super Ligue pour encourager une régulation plus forte. L'accès au capital des clubs est beaucoup trop libre pour des acteurs qui sont ingérables. Pourquoi ne pas imposer le modèle allemand, avec sa règle de 50+1?»

Bild

Jean-François Brocard (à g.) et Raffaele Poli. Image: DR/Unine

Cette loi, introduite en 1998, stipule que les clubs des deux premières divisions doivent toujours conserver la majorité des votes lors de l'assemblée générale. Les investisseurs privés ne peuvent pas posséder plus de 49% des parts d'un club, donc le contrôler.

Une telle mesure précèderait ce que Brocard appelle «la deuxième lame»: la régulation du marché du travail. Un défi immense compte tenu de l'opposition historique des clubs à toutes formes de régulation financière. «Le fair-play financier avait été négocié entre l'UEFA et les équipes, et ça n'avait pas été simple», rappelle le maître de conférences.

«Les clubs sont puissants, rebelles, et menaçants à l'égard de l'UEFA»

Jean-François Brocard, économiste du football

Raffaele Poli prône un changement immédiat des mentalités. Une prise de conscience collective des enjeux.

«Tout le monde fonctionne avec la dette dans la société actuelle. Pour la réduire dans le football, il faudrait simplement ne pas vivre au-dessus de ses moyens. Le problème, c'est que les clubs se méfient les uns des autres et sont toujours prêts à jouer la surenchère pour gagner des trophées. Cela dit, ils seront désormais obligés de réduire un peu la voilure, au moins temporairement, en attendant des jours meilleurs.»

Plus d'articles sur le sport

Marco Odermatt a signé un contrat qui pourrait changer sa vie

Link zum Artikel

Faire payer les autographes? La mauvaise idée de Genève-Servette

Link zum Artikel

Le cheval vainqueur n'aurait pas mangé que des céréales

Link zum Artikel

Il profite de son passage à la télé pour chambrer le LHC

Link zum Artikel

«Les épaules musclées, ça fait trop mec»

Link zum Artikel

Eden Hazard a-t-il manqué de respect au Real Madrid?

Link zum Artikel

Lewis Hamilton fait-il semblant d'avoir peur?

Link zum Artikel

Comment les réseaux sociaux se sont retournés contre les sportifs

Link zum Artikel

Les stars du foot ont peur dans le mur et ça peut leur coûter cher

Link zum Artikel

Pourquoi le Covid peut ruiner la carrière de Federer et Nadal

Link zum Artikel

Alexia, transgenre: «Je ne suis pas une menace pour mes adversaires»

Link zum Artikel

Les petites combines des cyclistes pour gruger en toute impunité

Link zum Artikel

Une copine de hockeyeur en colère: «No 25, tu es un gros dégueulasse»

Link zum Artikel

Ces entraîneurs de foot qui ont craqué

Link zum Artikel

Au FC Sion, un président qui s'éclate et des joueurs qui s'en fichent

Link zum Artikel

Courageux et touchants: huit coming out qui ont marqué le sport suisse

Link zum Artikel

Pourquoi les footballeurs sont-ils nuls quand on les change de poste?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

C'est confirmé, le début du championnat est repoussé

La Super League et la Challenge League débuteront une semaine plus tard que prévu, soit le 23 juillet. La raison? La Swiss Football League (SFL) veut des stades pleins.

La Neue Zürcher Zeitung (NZZ) l'avait annoncé vendredi: au vu des nouvelles mesures prises contre la pandémie de coronavirus par le Conseil fédéral la semaine dernière, la Swiss Football League envisageait le report du début de la Super League (première division) et de la Challenge League (deuxième division) pour pouvoir accueillir du public dans les stades dès les premiers matchs.

Ce lundi, l'instance du football suisse a confirmé cette info. Ces deux championnats commenceront le week-end du …

Lire l’article
Link zum Artikel