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Alexis lors du passage de sa 3e étoile en 1997.

Le jeune Alexis au passage de sa troisième étoile en 1997. Image: DR/Le Parisien

Alexis Pinturault, l'enfant qui n'avait pas le droit d'être deuxième

Le Français, vainqueur du premier gros globe de sa carrière samedi, a grandi dans une famille aisée de Courchevel. Craignant d'en faire un douillet, voire un loser, son père l'a élevé à la dure. Des proches témoignent.

Julien Caloz
Julien Caloz



553 km exactement séparent Lenzerheide, où se disputent cette semaine les finales de la Coupe du monde, de Courchevel, où Alexis Pinturault a vécu toute sa jeunesse. Ce n'est pas beaucoup mais pour le Français, c'est un monde. Dans le premier, il est un skieur affirmé et talentueux, vainqueur du premier grand globe de sa carrière; dans le second, il est un petit garçon timide, en apprentissage sous l'autorité d'un père intransigeant. C'est à l'enfant que ce portrait est consacré.

De qui on parle?

Fiche bio

👶 Alexis Pinturault est né le 20 mars 1991 à Moûtiers (Savoie). Il possède la double nationalité franco-norvégienne.
⛷️ Il a commencé le ski à l'âge de 2 ans à Courchevel.
🥇 Spécialiste des disciplines techniques, il a remporté 34 épreuves de Coupe du monde, 1 gros globe de cristal, 5 petits globes, 3 médailles olympiques (mais aucune en or) et 1 titre mondial.
💒 Il s'est marié en avril 2017 avec Romane Faraut.

France's Alexis Pinturault speeds down the course during the men's slalom, at the alpine ski World Championships in Cortina d'Ampezzo, Italy, Sunday, Feb. 21, 2021. (AP Photo/Marco Tacca)

Image: AP

À Courchevel, Claude Pinturault (le papa) avait l'habitude de dire que «le deuxième était le premier des derniers». Alexis, lui, racontait que son père avait «toujours raison». C'est donc avec la volonté permanente de décrocher la seule place qui compte que le jeune skieur a chaussé ses lattes sur la piste longeant l'hôtel familial, un cinq étoiles qui faisait la fierté du clan Pinturault et qui a déterminé l'éducation de l'apprenti champion.

«Son père ne voulait pas qu'Alexis pense que tout lui était acquis parce qu'il était né avec une cuillère en argent dans la bouche. Il était dur avec lui, mais dans le bon sens»

Christian Frison-Roche, ex-patron course chez Salomon

L'Annapurna était le premier établissement de luxe de la station française. Les hivers de belle neige, il offrait à la famille Pinturault un bénéfice de 10 000 euros par mois, ce qui faisait d'Alexis un garçon privilégié. Craignant que ce confort n'altère sa détermination (dans le jargon sportif: sa niaque), Claude se donnera pour mission de pousser son fils vers les sommets, dans une ode permanente au dépassement de soi.

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Les Pinturault au complet. Alexis est au centre. Image: alexispinturault.com

La méthode du paternel était parfois musclée («Claude n'est pas un marrant», glisse l'ex-skieuse Florence Masnada), mais Seb Santon la jugeait non dénuée de bienveillance. «Son père lui a appris à ne jamais faiblir, relate cet ancien éducateur du prodige dans Le Parisien. D’ailleurs, même si la famille était aisée, Alexis n’avait jamais le matériel dernier cri. À un moment, ça l’embêtait de n’avoir qu’une paire de skis de slalom. Mais chez lui on disait: «Tu dois la mériter, aller la chercher».»

Né robuste (il pesait 4 kg à la naissance) et hardi (il tirait des fléchettes sur son frère), «Pinpin» a fait toutes ses classes avec talent mais surtout persévérance. Encouragé par son père, il l'a aussi été par sa mère d'origine norvégienne, dont il a hérité «de la simplicité et de l'humilité» (Frison-Roche).

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Avec sa mère Hege en décembre 1993. Image: DR/Le Parisien

Ses moniteurs de ski ont également mis un soin particulier à couver celui qu'ils considéraient comme un champion en devenir. «Je m'étais dit: «Si on n'y arrive pas avec lui, on change de métier!», racontera l'un de ses premiers entraîneurs. Joint par téléphone, le directeur du Club des sports de Courchevel, Bruno Tuaire, décrit la trajectoire du prodige.

«J'ai accompagné Alexis dès son arrivée au club, à 7 ans. Il faisait beaucoup de sport à cet âge, notamment du football à Annecy, du tennis et de l'escrime. Quelques années plus tard, le club s'est un peu battu avec lui pour qu'il choisisse le ski parce qu'il avait un gros potentiel. Il nous a écouté et a bénéficié d'un encadrement idéal car à Courchevel, à cette époque, on avait les meilleurs Français de 1990/91. Il a pu profiter de cette émulation pour devenir meilleur.»

La progression du jeune Alexis ne s'est toutefois pas faite sans susciter certaines interrogations, voire une forme de méfiance que son géniteur confessera des années plus tard.

«Ce n’est pas simple, pour un père, quand on vient d’un milieu où l'on a toujours fait des études pour réussir dans la vie, de laisser faire du sport de haut niveau à son fils»

Claude Pinturault dans L'Equipe

La chance de «Pintu», qu'il ne doit cette fois qu'à lui-même, c'est d'avoir rapidement confirmé les attentes placées en lui. Il n'avait pas encore 18 ans lorsqu'il est devenu champion du monde junior de géant. «Là, je me suis dit qu’on avait peut-être fait le bon choix», reconnaîtra son père, qui installera une armoire à trophées à la réception de l'hôtel et accompagnera ensuite son fils sur les courses. Claude était ainsi au pied de la face de Bellevarde, en 2012, pour commenter avec sa franchise habituelle l'élimination d'Alexis en géant:

«Je l'aurais plutôt engueulé»

abspielen

Vidéo: YouTube/espritglisse

Cette semaine, le paternel est à Lenzerheide, auprès de celui qu'il a vu naître et grandir, et dont il attend toujours beaucoup. «Claude a cédé la gestion de l'hôtel à sa fille Sandra il y a deux ans. Il officie désormais comme papa et comme manager d'Alexis, renseigne Tuaire. Il n'intervient pas dans le domaine sportif. C'est un homme d'affaires qui est très bon pour négocier des contrats avec les marques et faire rentrer de l'argent dans les caisses de son fils.»

Alexis Pinturault a peut-être souffert, parfois, des injonctions de son mentor. «S'il s'est installé en Autriche (ndlr: à Altenmarkt-Im-Pongau) en 2017, c'est par souci pratique, bien sûr, mais sans doute aussi parce que cela lui permettait de s'éloigner du papa dominant», songe Florence Masnada. La relation père-fils semble désormais apaisée. Le skieur de Courchevel se dit serein, et même reconnaissant:

«Sans l'éducation que j'ai eue, je n'aurais jamais pu réussir. Mes parents m'ont appris à être déterminé, à ne pas tricher»

Alexis Pinturault

Il lui reste une course à disputer cette saison (un slalom dimanche) mais son principal objectif était la quête du gros globe et il sait que dans cette course là, il ne sera pas le premier des derniers.

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